OCTOBRE 2010
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Association Histoire

Capoeira, âme du Brésil !


Pour moi, la capoeira est le pain quotidien, elle ouvre des possibilités infinies ; elle est semblable à un printemps d’eau cristalline qui me permet de satisfaire ma soif de connaissances."

(M. Acordéon)

Nous sommes des chats, des rats et des singes, des bêtes dociles ou féroces à travers les nombreuses rodas de la vie. Nous sommes des clowns, des maîtres et des esclaves de l’art et nous ne récupérons notre liberté que lorsque l’on nous cuisine dans le chaudron de Médée, le jôgo au sein de la roda. "

(Mestre Acordéon)


Les deux joueurs (…) effectuent des mouvements qui rappellent ceux du serpent, du chat ou du dauphin. Ils sont totalement présents. Le passé et le futur, leurs idées, leurs problèmes et leurs idéaux n’existent plus. Ils perçoivent et vivent le moment avec un calme cristallin et la clarté photographique de celui qui observe la mer, assis au sommet d’un rocher."

(Mestre Nestor Capoeira)


 


 

1 - L'enfance d'un art séculaire: un conte Brésilien.    (XVI, XVII èmes siècles)


origines

La naissance de la capoeira se perd dans l’origine des temps de l’esclavage au Brésil, découvert -par mégarde- par les Portugais en 1500. Ils en firent une colonie durant près de quatre siècles.
L’ " ivoire noir " qui y fut " importé " (pas moins de trois à quatre millions d’Africains) pour exploiter les terres et notamment un bois de teinture rouge nommé " brasil " sut sauvegarder et développer des formes d’expression artistique, culturelle et sociale (danses, rites, instruments de musique…).

 

Cependant, nul ne saurait affirmer quelles furent les circonstances exactes de la genèse de la capoeira, même si nombre de spéculations ont cours : Est-elle une symbiose ou un avatar de ces manifestations africaines ? Une pratique de défense élaborée par les esclaves en fuite (tel le célèbre Zumbi dos Palmares) réfugiés dans les " quilombos " amazoniens? Une technique de combat dissimulée en danse dans les " senzalas "? Un passe-temps d’esclaves au marché aux oiseaux? Un ancien rite tribal de mariage? Le nom d’un oiseau particulièrement combatif et agile?

 

Les origines de la capoeira semblent aussi insaisissables que sa nature-même… La seule certitude est que la capoeira est brésilienne, dans l’âme et de naissance, d’ascendance africaine (et non importée d’Afrique) et que réside en elle une force de résistance à l’oppression des colons exercée sur les exilés, les indigènes et leur descendance.

 

 

2 - Les années noires de la prohibition: l'école de la rue.    (XVIII, XIX, XX èmes siècles)


repression

La " jeunesse " de la capoeira nous est davantage connue puisque ce sont notamment les archives de rapports de police ou de faits divers qui font état de cette tumultueuse époque où la capoeira était considérée comme " l’enfant terrible " du Brésil, interdite et brutalement réprimée : Peines de prison, travaux forcés, exils, déportations, coups de fouet et autres sévices -voire tortures- faisaient le quotidien des " capoeiras ", terme alors synonyme de " vagabonds, bandits, voyous, hors-la-loi ", autrement dit, " malandros " …
La Royauté (le roi portugais Dom Joao VI, devant l’avancée des troupes napoléoniennes, était venu se réfugier au Brésil dès 1808) instaura une prohibition sévère à l’encontre de toute manifestation culturelle africaine.


A son tour, la République (1889) prohiba officiellement la capoeira, la faisant figurer dans le premier code pénal républicain, en 1890. Les esclaves nouvellement affranchis le 13 mai 1888 (mais également livrés à eux-mêmes) étaient venus grossir les « rodas » des bandes de capoeiristes de rue, ainsi que les vétérans de la guerre du Paraguay et autres vagabonds venus tout droit des quilombos détruits ou des senzalas déchues.
On tenta même de mettre les capoeiristes à contribution lors de batailles politiques, puisqu’ils constituèrent la fameuse et terrifiante " Garde Noire " de la princesse Isabel (celle-là même qui signa l’abolition de l’esclavage au Brésil) ou le " bataillon des zouaves " qui eut raison d’une insurrection lors de la guerre contre le Paraguay :

 


Eu estava na minha casa, sem pensar sem imaginar. Mandaram me chamar pra ajudar a vencer a guerra do Paraguai ." (chant de capoeira)

J’étais tranquillement chez moi à ne rien faire quand ils sont venus me demander de les aider à gagner la guerre du Paraguay "


 

Mais malgré l’acharnement seigneurial, policier et les manigances politiques, la capoeira sut se développer géographiquement (De Salvador de Bahia à Rio, Recife…) et socialement (classes moyennes, intellectuels, étrangers, politiciens, gardes du corps, mercenaires…)

 

Retrouvez les 2 premières images dans la collection d'images en rapport avec l'esclavage et le trafic négrier de l'Université de Virginie, EUA, http://hitchcock.itc.virginia.edu/Slavery/search.html, references NW0171 et IMG03.

 

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3 - La "vieille garde": la voie de la sagesse.     (XX ème siècle)

 


la vieille garde

Ce n’est qu’avec l’arrivée révolutionnaire et militaire de Getulio Vargas au pouvoir, en 1930, que la capoeira retrouve un droit de cité et même celui d’être enseignée comme une discipline, un art martial à part entière. C’est à cette époque qu’est en effet créée la première Académie de capoeira par Mestre Bimba.
Mais les tentatives pour organiser, réglementer voire uniformiser une pratique jusqu’ici libre, sauvage, rebelle et indomptable se heurtent aux différences de conceptions :

 

la capoeira n’est pas un costume que nous mettons et retirons après chaque tournoi. Elle est notre propre peau. Nous la portons tout le temps."

(Mestre Acordéon).


C’est bien la raison pour laquelle la capoeira est à la fois unique " capoeira é uma so (Mestre Nestor Capoeira) " et plurielle ( beaucoup d’écoles, chacun son style…), métissée et hybride, impossible à cerner ni à délimiter. Toujours est-il que Mestre Bimba, fondateur de la capoeira regional, et Mestre Pastinha (capoeira angola) demeurent les " ancêtres mythologiques (Mestre Nestor Capoeira)" , les héritiers, les gardiens et les passeurs de la capoeira.

 

4 - Aujourd'hui et demain, au Brésil et ailleurs:     (XX,XXI èmes siècles...)


 

Une chose vagabonde (Mestre Nestor Capoeira)

 

 

tous égaux dans la roda

Jusqu’à aujourd’hui, la capoeira n’a cessé de se mouvoir dans l’espace et d’évoluer dans le temps, toujours plus riche d’expériences diverses. Entrer dans la roda, c’est mettre ses pas dans un chemin ancestral.
Au Brésil, elle tend enfin (il faudra attendre la fin des années 70 avant que les femmes puissent pratiquer et 1992 pour que soit reconnue la Fédération Brésilienne de Capoeira) à devenir le symbole de l’identité nationale, figurant par exemple au programme de l’UNESCO " Ecoles ouvertes " en faveur des jeunes Brésiliens défavorisés, ou encore au " Programme Brésilien et Mondial de Capoeira " crée par Gilberto Gil en 2005. En Europe, elle connaît un essor particulier en milieu associatif (1500 élèves du Grupo Senzala en France, données 2005) et (para-) scolaire.

 

La capoeira poursuit son voyage, investissant de nouveaux territoires, se nourrissant de nouvelles influences... " Boa viagem " é " vadiaçao " à elle dans sa " volta ao mundo "!

 

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contra mestre Bruzzi
L’apparition d’instructeurs et de professeurs européens sème les graines d’un nouvel essor pour la capoeira. Si le Brésilien qui a exporté son art et sa culture à travers le monde ne fait pas évoluer sa vision de la capoeira en fonction du contexte historique, social et culturel du milieu où il vit, il court le risque de perdre sa place là où il a lui-même implanté la capoeira.
En effet, les brésiliens ne doivent pas oublier qu’une des raisons principale qui nous a fait quitter notre patrie était le manque de reconnaissance et de soutien de notre art au sein de notre propre communauté.
C’est pour cette raison que nous ne devons pas nous opposer aux règles que le système étranger nous impose, afin que notre travail puisse continuer son chemin et conquérir toujours plus de nouveaux espaces. (…) Grâce à son esprit et à son caractère essentiellement libre, la capoeira avance dans l’histoire et franchit les barrières sociales et culturelles. Elle traverse les frontières. Tel un vieux caméléon, le capoeiriste s’adapte et envahit le globe terrestre, et aussi sûr que la terre tourne, il passe de la tempête à l’accalmie et au beau temps, évoluant et affirmant toujours plus fort ses valeurs, maître de ses disciples et du monde qui l’entoure. »

(MESTRE BRUZZI)

 

 

état d'esprit

 

 

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Sources documentaires :

 

"Le petit manuel de capoeira"

- Mestre Nestor Capoeira

"Capoeira, Histoire, philosophie et pratique, Bira Almeida".

- Mestre Acordeon (élève de Mestre Bimba).

"Capoeira. Vamos jogar, camarà! Une culture afro-brésilienne observée à Salvador de Bahia"

- Cécile Bennegent.

"La capoeira du Brésil, entre danse et combat"

- Bruno Bachmann.

"Le Brésil, terre d’avenir"

- Stefan Zweig.

"La capoeira et ses tours du monde"

- Article de Marie-Charlotte Devise dans Infos Brésil n° 210, 15 février 2005.


 

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Agence web

Quilombo

Communauté formée par les esclaves en fuite à l’intérieur des terres.

Senzala

Quartier des esclaves dans les propriétés esclavagistes.

Malandro

Truand, malin. Type de personnage "carioca" ( : originaire de Rio) mythique.

Boa viagem

Bon voyage, expression reprise en chœur par les capoeiristes lors du "final" d’une roda.

Vadiaçao

"flânerie". C’est ainsi qu’était appelée la capoeira et autres "divertissements de noirs".

Volta ao mundo

"Tour du monde", mais aussi tour de roda : Pause dans le jeu qui consiste à faire le tour de la roda, suivi à bonne distance par le partenaire, car le jeu peut reprendre à tout instant.

Berimbau

Arc musical (une des plus ancienne percussion au monde), instrument souverain dans la capoeira dont il est le "maître" de jeu.

Axé

Force magique, énergie vitale qui anime toute chose dans les croyances africaines du Brésil. En capoeira, souffle vital de la roda.